Le Feu au Lac : les histoires du tournage

Le Feu au Lac : les histoires du tournage

Trois jours en Stelvio Q entre la Belgique et l’Italie. Ça en fait des histoires !

Le Feu au Lac : les histoires du tournage

Trois jours en Stelvio Q entre la Belgique et l’Italie. Ça en fait des histoires !

Mi-mars 2018. Coup de téléphone de chez FCA : “On a un chouette projet à vous proposer. Quand est-ce que vous pouvez passer au bureau pour en discuter ?”. Rapidement suivi d’une invitation par email avec comme intitulé “Project Alfa Romeo Stelvio Q”. Ah ah ! Intéressant ! On irait au Passo dello Stelvio alors ? “Non, c’est trop classique ça” nous répondent nos interlocuteurs belges de sang mais italiens dans l’âme. Ce sera donc le Feu au Lac !

Jour -1

Vendredi, première mission du “Project Alfa Romeo Stelvio Q” : aller chercher la voiture chez FCA. Manu a dû s’échapper un peu plus tôt de son stage pour s’y rendre. Le mien étant au Moniteur Automobile, aller chercher et ramener des voitures faisait partie de mes journées. Et j’avais justement une Mercedes GLC, une des 258.364 voitures de la semaine (j’exagère à peine) à rendre sur la même rue que FCA, mais un petit kilomètre plus loin. On est souvent triste de laisser derrière une luxueuse allemande, mais pas quand une machine aussi atypique qu’un Stelvio Q attend sur le parking.

Bonne idée le pack de bouteilles d’eau, même si le V6 développé par Ferrari a besoin d’un autre breuvage.

Jour 1

Samedi 21 avril à l’aube, départ de Bruxelles en essayant de ne pas réveiller tous les voisins avec les six gamelles installées devant nous. La mission du weekend est de ramener la voiture à Balocco, le centre d’essai du groupe Fiat. Bien sû, sur on ne prendra pas que l’autoroute ! Un reportage est prévu dans les Alpes, c’est ça le “Project Alfa Romeo Stelvio Q”. Traditionnel déjeuner au Luxembourg, pour la voiture et pour nous. On n’a rien sans rien, et les 510 bourrins de ce gros SUV boivent entre 11 et 12l tous les 100km à allure modérée sur autoroute.

10.000km au compteur, et pas moins d’insectes au pare-brise.

Il doit être 14h quand on approche de Genève. Tout juste le temps de refaire un plein et d’attaquer le repérage, les appareils en main, pour avoir toutes les photos (ou presque) et pouvoir se concentrer sur la vidéo le lendemain. C’est parti pour 137 km de routes de montagne avec un V6 bi-turbo qui fait exploser l’échappement à chaque usage des palettes au volant en aluminium. Les mêmes que sur le Stelvio diesel des Vosges B***e certes, mais ce sont certainement les meilleures du marché. Et ce châssis ferait presque oublier qu’on est dans un SUV, comme nos impressions de l’époque le disent. Là où la Giulia est presque trop dynamique, le Stelvio Q représente le mélange parfait. Il n’y a pas meilleur endroit pour en profiter que les Alpes !

Ça y est, on est dans les Alpes ! En route pour le repérage.
Les mains à 9h15 sur le volant par Manu, instructeur d’auto-école. Très important, surtout avec un monstre sur des petites routes !

Carnet de notes en main, bic perdu quelque part dans la voiture entre les sièges et la débauche de matériel photo/vidéo (et encore, on voyage léger car on rentre en avion), on peaufine le repérage déjà fait sur Google Maps. De temps en temps, on saute hors de la voiture pour prendre les quelques photos que vous voyez sur le reportage fini. Mais en général, le travail en amont nous permet d’avancer, car l’heure tourne assez rapidement. Et puis avec un jouet pareil, c’est plus sympa quand on peut pousser sur la pédale de droite !

Heureux ? Oh que oui !

On pousse tellement sur la D26 qu’on loupe la bifurcation à droite vers Châteaux des Prés. “Pas grave, on prendra la prochaine dans quelques kilomètres, elle a l’air de tournicoter plus”. Oui, ça nous arrive de nous tromper dans nos propres tracés. Mais en général, c’est toujours pour le meilleur. Ici en l’occurence, on part sur la D146E, qu’on avait délaissé dans le plan de base pour passer dans le village de Prénovel et faire un jeu de mot débile du style “et sinon, quéé novel ?” [dans un bel accent liégeois pure-souche]. On doit être à 75–80% du tracé quand on arrive sur cette minuscule route qui grimpe en se tortillant sur le flanc des collines dans un paysage presque surréaliste, un peu à la façon d’un diorama de train miniature où le moindre gravier ne semble pas placé au hasard. Tout est parfait, et surtout les derniers rayons du soleil qui passent à travers les arbres. Le genre de moment qui donne des frissons encore deux ans plus tard quand on y repense, assis devant l’ordinateur.

Je dois avouer que le début du tracé ne me revient pas tout à fait. Dans ma tête aujourd’hui, Le Feu au Lac ça a commencé avec la D146E. Quand on avait vraiment le feu au c**. La lumière commence à être parfaite, les routes qui suivent s’enfoncent dans la montagne en s’agrippant aux parois rocheuses. Un régal pour la conduite. Un régal aussi à photographier. Surtout la partie où l’on sort d’un bois entre des prés vallonnés et arborés à la façon d’un golf. Tout juste le temps de prendre quelques dernières photos avant que le soleil ne descende définitivement derrière les arbres. Du coup, nous aussi on descend vers Moirans et notre point final, encore au soleil quelques minutes heureusement.

Quand la lumière et le paysage sont dingues, nous aussi on devient fous.

Retour vers notre hôtel à Annecy, dans la pénombre et puis la nuit noire. 22h30, on débarque tout le matos de la voiture avant d’aller la mettre dans le parking le moins cher du monde. Toutes batteries en charge, on s’aventure en ville pour espérer trouver quelque chose à manger. À 23h, pas de miracles. Ce soir, c’est pizza à emporter d’une grande enseigne peu raffinée et au lit ! Enfin presque, car au retour à l’hôtel ma chambre empeste la cigarette. Bizarre dans un hôtel non-fumeur, et plutôt désagréable. Je relève l’information à la réception, et ils m’assurent qu’ils vont faire le nécessaire pour trouver le coupable. De fait, quelques minutes de ventilation plus tard, l’odeur disparaît. À toi qui fumais dans ta chambre… je ne suis absolument pas désolé de t’avoir dénoncé !

Jour 2

Le grand jour ! Levé à 6h20, on s’était dit qu’on quitterait l’hôtel à 7h00 pour être au Feu avant 8h30. Forcément, tout ne va pas comme prévu. Déjà, on pensait être seuls au déjeuner un dimanche à l’aube. C’était sans compter sur les dizaines de sportifs déjà chauds pour le marathon dont on découvre l’existence. Ensuite, c’est une tique qui vient dérégler la mécanique. Finalement, après avoir payé le parking le plus ridicule (0,60€ pour la nuit) il est 8h36 quand on arrive au Feu.

Parce que c’est compliqué de le croire sans le voir : voici le prix du parking pour la nuit. ! Et des terabytes de cartes mémoire prêts à chauffer toute la journée.

Il est temps d’équiper la voiture de caméras, micro à l’échappement, et un micro sur Manu. Niveaux sonores ok, balance des blancs ok. Silence, on tourne ! Ce que ne comprend pas tellement l’aimable habitant de Feu, qui passe plusieurs fois avec son quad et sa remorque. Manu le baptise Tony et on discute brièvement à chaque passage, lui expliquant ce que l’on fait. Avant d’avoir fini de tourner la séquence d’ouverture, il revient avec trois bouteilles de Leffe. On est à l’heure de l’apéro sur le fuseau horaire japonais, mais pas avant une grosse journée de tournage. Désolé d’avoir dû refuser cette offre alléchante.

Comme à notre habitude, le début du tournage est lent. On ne passe Genève que vers 12h30. Il est dimanche, il fait beau et tout le monde se promène calmement sur les bords du lac. Et puis arrive un Stelvio rouge en plaques italiennes, en sortent deux caméramen qui piquent un sprint pour remonter les embouteillages et aller se placer sur le pont pour prendre des images. Manu passe avec le Stelvio devant moi, c’est le signal de départ pour le sprint final ! Imaginez la tête des passants qui voient deux mecs courir comme des fous sur le trottoir avec des appareils photos dans les deux mains. De retour dans la voiture, le premier quart du tracé est dans la boite. Seulement.

À gauche un déchet pris involontairement pendant la course du photographe. À droite admirez le regard ébahi des passants quand un type qui vient de faire un sprint s’arrête pour prendre un SUV en photo et puis continuer sa course.
Dans le Col de la Faucille, ça roule. Enfin, quand on range le drone.

Une pizza, dans une vraie pizzeria cette fois, et on repart de plus belle à l’attaque du Col de la Faucille. Une de nos routes favorites de l’époque où on avait ramené deux Fiat Tipo de Turin jusqu’à Bruxelles. Il fait beau et chaud, alors les motards et amateurs de voitures du coin (il y en a beaucoup !) sont de sortie. On s’excuse auprès d’eux pour les avoir tenu derrière nous alors qu’on roulait à 40km/h maximum pour faire les plans au drone. Vous aurez certainement pu remarquer, dans la vidéo, la file de voitures derrière le Stelvio, et le petit point jaune qui est une Ferrari 360 Spider.

Les Alpes, on vient de loin pour en profiter. Un Anglais en Caterham, oh so british !
Quand on filme Manu qui parle face caméra, il faut se planquer mais aussi tenir le matos sur les places arrière pour qu’il ne fasse pas de bruit en bougeant.

S’en suit ensuite le no man’s land des stations de ski. Pas vraiment grand chose à raconter par ici. On n’y a pas croisé beaucoup de monde, juste filmé tranquillement tous les plans qu’on voulait. Plus loin par contre, notre gros SUV rouge et le drone attirent les enfants d’une maison proche de la rue. Arrivent ensuite les parents qui ne manquent pas de nous crier dessus “C’est interdit ce que vous faites !”. Bonjour monsieur, rassurez-vous. On n’a filmé aucune maison et notre pilote est un professionnel en règle. Allez, on s’en va. Pas la peine de discuter quand on nous crie dessus.

Pilote professionnel ok, mais quand le drone a décidé de ne plus suivre la voiture ça se complique ! Comme ce passage, en descendant vers Morez, où la route serpente le long des rochers avant de prendre un virage serré à droite et de poursuivre sa descente dans un sous-bois. Des superbes images au drone, pendant que moi j’essaie de ne pas tomber dans le ravin de l’autre côté de la glissière de sécurité du tournant en attendant le passage de la voiture pour faire les plans au sol. À40 à l’heure, ils mettent du temps à arriver. Et puis quand le drone ne veut plus obéir sous les arbres, il faut encore plus de temps pour qu’ils remontent venir me chercher. De longues minutes !

Ça vous dit de passer 10 minutes avec moi de l’autre côté de la glissière de sécurité dans ce tournant ?
Signe d’approbation du nom pourri.

Parfois, on zappe complètement des passages. Pas besoin de les filmer, on les a déjà en photo si jamais. Alors on se retrouve au hameau des “Mouillés” où, dans la vidéo, vous verrez Manu prendre une gorgée d’eau. Ce que vous ne voyez pas, c’est qu’il y en a plein l’habitacle de la tentative précédente peu réussie. Promis, un jour on vous fera un montage des scènes coupées ! En attendant, on s’attaque à notre petite D146E découverte hier.

Comme la veille, le temps presse pour arriver à Moirans avec encore de la lumière. Et de l’essence. On serre les fesses et on roule en mode éco, sauf quand il faut faire du bruit pour la vidéo tandis que l’on fait le moins d’aller-retours possible. Pression maximale, il faut que tout soit bon au premier essai. Heureusement qu’on a eu toute la matinée et l’après-midi pour s’échauffer. L’ordinateur de bord n’affiche même plus le nombre de kilomètres d’autonomie. Un dernier plan de suivi au drone dans ce golf naturel dont je vous parlais et puis on se laisse descendre en roue libre jusqu’à la pompe à essence de Moirans. On n’a jamais été aussi heureux de voir une pompe ! Ah si, sans doute avec la TR3 et la panne vraiment sèche du tout premier tournage. Le Stelvio engloutit au moins 63l, et même un peu plus. Et puis c’est parti pour une dernière séquence avec l’arrivée de la voiture sur le parking du Regardoir qui surplombe l’Ain. On est en avance par rapport à hier, mais les nuages sont de la partie cette fois. C’est tout juste !

Si on devait mettre des notes sur les voitures, le fait de pouvoir loger le talkie, la clé et un 85mm f/1.8 dans les portes gobelets serait synonyme de 5 étoiles !
Sur ce coup là on a menti, ces photos ont été prises pendant le Jour 1. Mais la situation est la même.

Tout est dans la boite, journée finie. Il est temps de se ravitailler nous aussi ! Plus de souvenir sur le pourquoi du comment, mais pas moyen de manger au Regardoir pour l’instant. Mais on peut y commander à boire. Ouf ! On mangera un Buffalo Grill trop cuit sur la route du retour à l’hôtel. Même programme qu’hier soir : batteries en charge et réveil à 6h20.

Relisez le reportage fini ici → Le Feu au Lac

Départ d’Annecy, avec un peu plus de trafic. C’est lundi pour tout le monde sauf pour nous.

Jour 3

Troisième mission du Project Alfa Romeo Stelvio Q : tourner une petite vidéo lifestyle pour FCA Belgium. Forcément, le lifestyle à la Drivetime, c’est de rouler loin, haut, fort. Alors dans notre réalisation, le gentleman sportif italien quitte son lieu de villégiature à l’Abbaye du Talloires tôt le matin pour aller se défouler dans les montagnes, jusqu’en haut du Col des Aravis. Col qu’on a monté et descendu quelques fois pour les besoins de la vidéo. Oui oui, uniquement pour les besoins de la vidéo. Vous nous connaissez, on n’est pas du genre à abuser de ce genre de choses.

Patience, patience ! Bientôt tu pourras prendre le volant Manu. Eliott a presque fini.

D’ailleurs, il faut que la bande son soit irréprochable. Mais l’échappement va tellement fort par moment qu’il faut moduler en continu le gain sur l’enregistreur. Ce qui implique donc d’avoir un passager (qui vous écrit en ce moment) sur la banquette arrière pour ne pas qu’on le voie à l’écran, avec l’enregistreur en main et un casque sur les oreilles. Tout en essayant de rester le plus stable possible dans les épingles, il faudra moduler le plus précisément le son en anticipant les détonations des passages de rapport. Facile à faire quand on est bien sanglé dans un baquet Sabelt. Plus difficile quand on est baladé de gauche à droite sur la banquette arrière. De là vient la technique : enlacer le plus fort possible le dossier dudit baquet de devant et viser l’écran de l’enregistreur par le trou. Plus stable, mais après une montée, j’ai les bras presque en sang à cause des surpiqûres. Ceux-ci tremblent également suite à l’effort (team croquettes chez Drivetime). Heureusement, pas besoin d’une seconde prise.

Les secrets d’une bonne bande son ? Manger du tape. Celui des photos réussies ? Manger des Mikados.

Tournage définitivement fini. Il est temps de mettre les voiles sur l’Italie pour de bon ! Mais avant ça, pourquoi ne pas vous montrer en exclusivité le produit fini de cette petite vidéo ?

Toi tu prends ta mono-roue entre la gare et ton bureau. Lui (sur la photo de gauche), il monte le Col des Aravis avec le même air blasé que tous les utilisateurs de ce genre d’engin.

On commence par quelques routes de montagne jusqu’au tunnel du Mont Blanc. Ensuite l’autoroute jusqu’à Aoste. Pause pâtes/pizza en plein centre ville, sur une terrasse et dans un vrai restaurant : des bons produits italiens, et le tarif à des années lumières de ce qui se pratique en dehors des frontières italiennes. À croire que dans le reste de l’Europe, on spécule sur le prix des pizzas comme sur celui des vieilles Ferrari.

Le plan de base voulait qu’on arrive vers 15h00 à Balocco pour rendre la voiture et prendre notre taxi vers Milan-Linate, l’aéroport au Sud-Est de la ville. Le vol est à 18h30, mais avec les italiens on n’est à l’abri de rien. Il est 14h00 quand on quitte Aoste, 1h25min de route jusque Balocco d’après Google. Mission : gagner du temps sur les autoroutes vides pendant que Manu et Eliott somnolent à bord. Easy, et quel plaisir les reprises avec 510ch qui chantent !

Le combo gagnant : le short parce qu’il fait chaud en bas, et la veste parce qu’il fait froid en haut (de la montagne).

On se présente au portier de Balocco qui a autant de mal avec le Français ou l’Anglais que nous avec l’Italien. Personne ne semble avoir eu vent de notre arrivée. Le shuttle qui, d’après le programme, devait nous amener à l’aéroport en 2h n’existe pas. Coups de téléphone chez FCA en Belgique, à des compagnies de taxi ici sur place. A votre avis, combien la course ?* (105km, 2h avec le trafic). Finalement, après de multiples coups de téléphone en interne, un chauffeur sort des barrières du centre de développement et nous embarque. Il est 15h47, les portes d’embarquement ferment à 18h30. Si tout va bien, on aura un peu de battement.
*Plus de 250 €

On quitte Balocco, tristes de dire au revoir à ce Stelvio Q mais contents de se laisser conduire. La fatigue tape d’un coup, et ça ronflerait presque dans le van.

Retrouvez nos autre histoires de tournages (si vous ne venez pas tout juste de les lire) → Plus de vidéos ?

Ciao Stelvio ! Un dernier coup d’oeil par le fenêtre du Ducato avant de mettre les voiles.
Un dernier passage dans les Alpes. Enfin, au dessus des Alpes du coup.
Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Une sorte de pieuvre sur ventouse qui prend des heures à installer.
Toujours avoir des loques sur soi pendant un tournage !

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