Reportage | Un petit Creus

Reportage | Un petit Creus

Plutôt que de faire la crêpe sur les plages de la Costa Brava, comme 99% des Belges, vous préférez manger des virages ? Un petit creux …

Reportage | Un petit Creus

Plutôt que de faire la crêpe sur les plages de la Costa Brava, comme 99% des Belges, vous préférez manger des virages ? Un petit creux ? Pas de soucis, on vous emmène au Cap de Creus pour combler ça de suite !

L’escapade vers le point le plus à l’Est de l’Espagne commence à Vilajuïga. Dernier petit village des plaines de l’Emporda, niché au pied du relief très escarpé de la péninsule du Cap de Creus. Première étape : grimper vers le Monastère de Sant Père de Rodes niché à près de 600m d’altitude. Si ce chiffre n’impressionne guerre dans les Alpes, ici on est au bord de la mer. Ce qui donne une perspective plus intéressante au lieu. Pourtant, les premiers gros reliefs de l’ascension ne sont autre que les immenses casses-vitesses pour quitter le village.

5h du matin, souvent une bonne heure pour prendre la route en plein été.

Clairement, les routes qui vont suivre sont plus adaptées aux sportives compactes qu’aux ultra-sportives larges et collées au sol. Le revêtement est excellent, digne des plus beaux circuits, mais le ruban d’asphalte est très étroit par endroit. Et quand les Espagnols placent des raccordements ou des casse-vitesses, ils n’ont pas l’air de porter beaucoup de considération aux conducteurs d’autre chose qu’un 4×4. Ce qui ne posera évidemment pas de soucis à tous les cyclistes, également grands amateurs des ascensions et du bitume de la région. Avant de tenter l’attaque sur ces routes, pensez à le faire hors des heures de grosse fréquentation par tous les autres usagers. Ce serait dommage de se retrouver coincé derrière un Hollandais qui tire sa caravane, lui-même coincé par ses compatriotes à bicyclette. Non, c’est faux ! Ce sont des hordes d’Espagnols autant sur les vélos que dans les motorhomes.

Retour sur la GIP-6041 à la sortie de Vilajuïga, à moins de 50m d’altitude. Dernier casse-vitesse passé, et c’est parti pour 7 km de grimpette. On commence en douceur, avec une enfilade de petits virages rapides qui donnent sur une première épingle à gauche. Ça monte un peu plus fort tout d’un coup. Mais ce n’est pas avant de passer les deux prochains tournants à droite qu’on prend réellement de la hauteur. Et on va encore en prendre très rapidement, comme en atteste le ruban d’asphalte qu’on peut voir s’accrocher au flanc de la montagne, quelques dizaines de mètres au-dessus de nos têtes. Passé cette portion raide, c’est une sorte de petit plateau qui s’offre à nous, et la route s’y déroule entre des petits arbres. C’est comme dans un rêve : épingles en pagaille, petits virages et une vue magnifique. La montée se poursuite plus gentiment alors qu’on s’approche du point culminant du trajet, au milieu de prairies pas vraiment clôturées. Il n’est donc pas improbable de croiser des vaches profitant elles aussi du bitume.

Tout en haut, il y a un grand parking idéal pour sortir faire quelques pas et profiter de la vue vers le nord, et vers la Mer, ou vers le sud et la plaine de l’Alt Emporda. Si pas, vous pouvez franchir directement la crête, et entamer la descente. C’est qu’il y a au moins 500m d’altitude à perdre avant le prochain carrefour, au niveau de la mer. Le passage de la crête justement, c’est tout une histoire ! Assis bas dans votre voiture, vous ne voyez que le ciel avant de tourner à gauche et d’avoir l’impression de plonger vers la mer. Au lever de soleil c’est un régal.

La descente est épique ! Le revêtement vient tout juste d’être refait, entre l’été 2019 et 2020. Et les premiers enchainements virages en légère pente, au pied du monastère, sont d’ailleurs passés dans un récent spot télé pour la Renault Zoé. L’endroit offre des vues magnifiques, mais au volant il faut se concentrer dans la série d’épingles ultra escarpées nous font dégringoler 150m en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Et quand on croit que ça se calme, on roule en fait sur une étroite crête qui pointe tout droit vers El Port de la Selva. Sauf que devant, c’est une autre épingle qui surplombe un précipice de plusieurs centaines de mètres. Interdiction de louper un freinage ! Et une fois en bas, on apprécie le plat et le tout droit plus que d’habitude.

Lorsque la route offre des vues pareilles, n’oubliez pas de vous arrêter pour en profiter !

Mais rassurez-vous, les virages reviennent immédiatement avec la GI-613 qui nous fait remonter jusqu’au Coll de Perafita. On monte moins haut, mais à près de 400m tout de même. La route mène à Cadaquès, une des grosses destinations touristiques de la région. Donc même si les virages plus espacés et moins serrés donnent envie de hausser le rythme, on se rappellera qu’il y a potentiellement plus de trafic par ici. Le meilleur passage ? Après deux kilomètres de montée, la route se dirige vers un léger sous-bois et un restaurant. Juste après, elle enchaine les petits virages ultra serrés et rapides. Ensuite, elle remonte plus fort et une des épingles passe sur un pont où l’on peut normalement observer une cascade. Bien sûr, pendant les mois d’été on vous met au défi d’observer une goute. Encore quelques virages et deux petits bouts droits et nous voilà au col.

Un petit bout droit dans le bas de vallée, et puis ce ne sont que des tournants !

Il est donc encore une fois l’heure de descendre, par l’unique route menant à Cadaquès. Sans doute la plus fréquentée de cet itinéraire. Mais elle est bien construite, et les deux bandes sont assez larges que pour croiser des gros véhicules sans stresser. Et comme la vue est dégagée, on peut aussi mieux juger le trafic venant en face avant d’attaquer les petits virages à droite bien serrés. Pour savoir si on fait crisser les pneus ou si on y va safe. Et le reste du temps, on profite du paysage de carte postale qui se découvre devant nous. Cadaquès en fond, et les plantations d’oliviers en terrasses partout autour de nous.

Cadaquès c’est un peu comme Knokke ou St-Trop’, c’est là qu’on peut croiser quelques voitures sympas !
Portlligat, et la maison de Salvator Dalí.

On laisse le village aux touristes, et on se dirige vers le Cap de Creus non sans escalader quelques casses-vitesse. Les virages sont à négocier avec précaution car la route est maintenant plus étroite. Et même si c’est un cul de sac qui mène au phare à la pointe du cap, elle dessert toute une série de criques paradisiaques extrêmement appréciées des vacanciers. Il peut donc y avoir du monde. Mais le paysage presque lunaire aide à se détourner de la tentation d’enfoncer l’accélérateur un peu trop fort. Le phare du Cap de Creus est perché en haut de son rocher, qu’il faut grimper par une épingle à gauche et un passage au milieu de la roche. Un final un peu plus lent, mais l’endroit vaut le détour. Alors, comblé ce petit creux ? En théorie, oui. Mais si vous avez encore faim, ça tombe bien car il faut (presque) tout refaire dans le sens inverse pour revenir à l’intérieur des terres.

Pour arriver jusqu’au phare, la route est un peu plus étroite et bosselée mais rien de grave.

Et si on peut vous suggérer une variation pour le retour de Cadaquès, c’est de prendre la GI-614 au Coll de Perafita et de descendre vers Roses. Comme ça vous aurez mangé vraiment tous les virages de la région.

Infos pratiques : 37 km | +- 1h de route


ATTENTION : le Parc Naturel du Cap de Creus est régulièrement soumis à plusieurs restrictions d’accès pendant la période estivale :

  • Du 10 juin au 30 septembre, la route entre Portligatt et le phare du Cap de Creus est fermée à la circulation de tous les engins motorisés. Donc soit vous sortez votre vélo ou vos chaussures de marche, soit vous vous arrêtez à Portligatt/Cadaquès pour visiter ces superbes villages.
  • Le risque d’incendie est très contrôlé dans la région, et surtout dans le parc. Lorsque le niveau de risque est élevé, certaines routes peuvent être fermées. Consultez ici le “Plan Alfa” qui vous renseignera sur les éventuelles restrictions.

Quelques images bonus :

C’est vrai qu’on avait dit qu’on laissait Cadaquès aux touristes. Mais après tout on est des touristes aussi. Et à 8h du matin il n’y a encore personne dans les rues.
Attention, ici ce n’est pas vraiment l’Espagne. Plutôt la Catalogne, et ça parle de référendum et d’indépendance partout. Même sur les routes.
Aucune idée d’où sort cette petite pluie. Mais en tout cas en photo elle donne super bien avec le lever de soleil !

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