Reportage | Les fantômes du passé

Reportage | Les fantômes du passé
Quelque part au milieu des Ardennes se trouvent des circuits automobiles d’une époque révolue. Celle des circuits routiers, déserts et ouverts au public en dehors des manifestations sportives qui y ont encore lieu.
Non, nous ne somme pas à Reims. À quelques encablures de la ligne de départ se trouve le village de Gedinne dans les Ardennes belges. En cette matinée du 24 décembre les vaches ont remplacé le public, et le relief des vibreurs est assuré par les résidus de boue tombés des roues des tracteurs. Qu’à cela ne tienne, au moins les routes sont désertes. Alors en route !



De la ligne de départ on descend vers le hameau de Gribelle, on prend à droite sur la N935 pour remonter en direction de Gedinne. Les virages se font plus rapides. Après un léger “S” et une courte ligne droite, les traces de gomme au sol nous indiquent qu’il faut piler sur les freins pour prendre la route qui descend sur la droite. Elle plonge dans l’Hujon en envoyant de droite à gauche avant de remonter sur l’autre versant de la vallée et de virer à droite. L’ascension s’achève au village de Patignies, pour lequel on met un gros coup de patins. Ceci n’est pas un circuit, gare à celui qui ne respecte pas les limitations de vitesse. La première à droite nous ramène sur la Rue du Circuit et sur la grille de départ. Et la boucle est bouclée !



On ne va pas s’arrêter en si bon chemin, on reprend la N935 et cette fois on continue vers Gedinne. On l’échange dans Louette-Saint-Pierre pour la Rue de France. Cette dernière va nous emmener jusqu’en … France ! (Quel suspens!) Les longues lignes droites sont entrecoupées de virages, et lentement le fin ruban d’asphalte s’enfonce vers le milieu de nulle part. Au plus on descend dans la vallée, au plus les virages se font légion. C’est d’ailleurs au détour d’un de ceux-là qu’on traverse la frontière.





Nous voici maintenant dans la Gorge de Saint-Jean. Rien à voir avec les Gorges du Verdon (Les Grasses Gorges), mais au vu de la hauteur des sommets qui entourent le petit village perdu de Linchamps, l’appellation n’est pas usurpée. L’impression de bout du monde est renforcée par le réseau GSM inexistant et notre carte en ligne qui ne peut plus charger. “Dans mes souvenirs il fallait aller à droite quelque part.”


La seule possibilité d’aller à droite, c’est cette rue qui grimpe très fort en passant devant l’église. Heureusement que la Polo a de la ressource car la côte est sévère ! En haut, entre deux épingles, se trouve le hameau de “Les Eschameaux”. Aucune idée de quelle espèce animale on parle, mais vu l’altitude que l’on vient de gagner, il pourrait s’agir de chameaux sur échasse.



Tout en haut, on traverse une plaine avant de retourner s’enfoncer dans la forêt. Cette fois on a quelques kilomètres à faire sur le plateau avant de redescendre vers la Meuse. La forêt se fait plus dense après le dernier village, et la ligne droite s’étire de plus en plus. A tel point qu’on en arrive à redouter le moment où la route va plonger. Au plus la ligne est droite pour l’instant, au plus la descente sera virulente.



Vu depuis le siège conducteur la route semble s’arrêter net. La Terre est ronde, pourtant à ce moment précis on pourrait croire aux théories favorites des américains. Et voilà que l’instant du plongeon arrive : un grand gauche en dévers, un peu de répit dans le très long droite qui suit, avant d’attaquer l’enchainement d’épingles au bord de la falaise. Pas très à l’aise avec l’altitude, on ne va pas faire le malin de peur de tomber dans le ravin. D’autant plus que la ville au pied de la route s’appelle Revin.


De l’autre côté, on file en direction de Rocroi sur la D1. Le retour de la ligne blanche au milieu et les virages plus coulés font du bien après la dernière descente. Arrivé à Rocroi, on prend quelques minutes pour apprécier les fortifications Vanban de l’ancienne place forte. En quittant Rocroi, horreur! La D877 se profile trop large et trop rectiligne à notre goût. Heureusement il est temps de prendre la D22 en direction de la frontière belge.



C’est là, dans le village de Cul des Sarts, que l’on retrouve un garage Toyota au propriétaire bien connu du sport automobile : Duval. Le fantôme du célèbre pilote hante les cours d’anglais (et de wallon). D’ailleurs, avant que “the car is completely destroyed”, remettons nous en route ! La suite sur l’étroite et sinueuse route à travers le bois est assez simple. Les choses se compliquent lorsqu’on arrive à un carrefour en “Y” aux panneaux pas tellement utiles. Pour nous ce sera à droite pour continuer notre tracer.


Rapidement on traverse la N99, cette énooooorme ligne droite entre Couvin et Chimay. Ca y est, on a vendu la mèche… Direction Dailly d’abord, Aublain et Lompret ensuite. Le tout par les doux virages de la N939 qui nous emmène aussi à Virelles. Réserve naturelle, le lac n’est visible que de loin.




Il ne nous reste que quelques kilomètres avant de franchir notre ligne d’arrivée du jour : celle du Circuit de Chimay. Beaucoup plus rectiligne et plat que celui de Gedinne, le Circuit de Chimay partage la caractéristique d’être un de ces circuits fantôme 355 jours par an. 85km entre la ligne de départ à Gedinne et la ligne d’arrivée à Chimay, ça nous fait un sacré circuit* routier et varié !
*C’était juste pour la rime, tout se passe évidemment sur route ouverte et dans le respect des lois hein dis !



Infos pratiques : 85km | +/- 1h 50 de route
Merci à Volkswagen D’Ieteren Belgique pour le prêt de l’ultra-efficace Polo GTI. Outil indispensable à une traverée de la Wallonie d’Est en Ouest sans poser une roue sur l’autoroute.
Leave a Reply